(Ou : ce que je choisis de nourrir, chaque jour)

LâApocalypse.
Rien que le mot peut faire peur.
On y projette la fin, le chaos, la destruction.
Mais si, comme beaucoup de mots aujourdâhuiâŠ
il avait été détourné de son sens premier ?
Car en grec, apokĂĄlypsis signifie avant tout :
đ rĂ©vĂ©lation
đ dĂ©voilement
đ ce qui Ă©tait cachĂ© devient visible
Et câest peut-ĂȘtre exactement ce que nous traversons.
đ Une Ă©poque de dĂ©voilement
Nous vivons une époque étrange.
Une Ă©poque oĂč tout semble sâaccĂ©lĂ©rer,
oĂč tout devient visible, exposĂ©, amplifiĂ©.
Guerres. Violences. Crises. Narrations anxiogĂšnes.
Films, sĂ©ries, actualitĂ©s, rĂ©seauxâŠ
Tout semble aller dans le mĂȘme sens :
đ capter notre attention
đ nourrir notre peur
đ saturer notre esprit
Et parfois, je me pose cette question :
Est-ce que tout cela nous informe vraimentâŠ
ou est-ce que cela nous formate ?
đ§ Le chaos moderne : une question dâattention
Le chaos nâest pas seulement un Ă©vĂ©nement extĂ©rieur.
Câest aussi une frĂ©quence.
Et cette frĂ©quence se nourrit dâun carburant trĂšs simple :
đ notre attention
Plus je regarde ce qui me fait peur,
plus mon systĂšme nerveux sâimprĂšgne de peur.
Plus je consomme des récits anxiogÚnes,
plus mon cerveau sâhabitue Ă cette vibration.
Et le piĂšge est subtilâŠ
Parce quâon croit âsâinformerâ.
On croit âcomprendreâ.
On croit âĂȘtre lucideâ.
Mais parfoisâŠ
đ on sâĂ©puise
đ on se disperse
đ on se dĂ©connecte de lâessentiel
đ§ Quand le cerveau sâhabitue Ă lâinsupportable
Il y a une autre mécanique, plus silencieuse encore.
Plus insidieuse.
Plus on est exposĂ© Ă des images, des rĂ©cits, des Ă©vĂ©nements violentsâŠ
plus notre cerveau sây habitue.
Au début, on est choqué.
On réagit.
On ressent.
Puis, petit Ă petitâŠ
On regarde sans vraiment voir.
On entend sans vraiment écouter.
On passe Ă autre chose.
Comme si une partie de nous se mettait en veille.
đ Câest une forme dâanesthĂ©sie.
Pas une anesthésie brutale.
Mais une désensibilisation progressive.
Et câest lĂ que le mĂ©canisme devient profondĂ©ment pervers :
Parce que ce nâest pas seulement notre peur qui est activĂ©eâŠ
đ câest aussi notre capacitĂ© Ă ressentir qui sâĂ©teint.
On absorbe.
On enchaĂźne.
On scrolle.
On consomme.
Sans prendre le temps dâintĂ©grer.
Sans prendre le temps de questionner.
Sans mĂȘme parfois rĂ©aliser ce que lâon vient de voir.
Et Ă forceâŠ
đ lâinnommable devient ânormalâ
đ lâinacceptable devient âhabituelâ
đ le choc devient banal
Et dans cet Ă©tat-lĂ âŠ
On ne pense plus vraiment.
On ne réagit plus vraiment.
On ne choisit plus vraiment.
đż Comment sortir de cette anesthĂ©sie ?
Pas en se coupant du monde.
Mais en réapprenant à revenir à soi, simplement.
đ Respirer
Revenir au souffle.
Quelques inspirations profondes suffisent Ă signaler au corps quâil peut relĂącher la tension.
đ Faire une pause
Couper le flux.
Ne rien consommer pendant quelques minutes.
Laisser le mental redescendre.
đ Retourner au vivant
Sortir. Marcher. Toucher. Observer.
La nature ne surcharge pas. Elle régule.
Parfois, ce nâest pas plus compliquĂ© que ça.
âïž Lucidité⊠sans basculement
Oui, il y a des choses troublantes dans ce monde.
Oui, certaines mises en scÚne, certains événements, certaines dynamiques interrogent.
Et non⊠ce nâest pas ĂȘtre naĂŻf que de le voir.
Mais il y a une frontiĂšre fine, trĂšs fine :
đ Voir⊠sans se perdre
đ Comprendre⊠sans sombrer
đ Ressentir⊠sans absorber
Parce quâĂ force de regarder lâombre,
on finit parfois par oublier la lumiĂšre.
Et ça⊠câest le vrai piĂšge.
đ§ïž Quand mĂȘme en sachant⊠je nây arrive plus
Je vais ĂȘtre honnĂȘte.
Je sais tout cela.
Je le comprends.
Je lâenseigne mĂȘme.
Et pourtantâŠ
Ces derniers mois, je sens que câest plus difficile.
Lâhiver a Ă©tĂ© long.
Gris. Pluvieux. Pesant.
Je le subis.
Je sais que je pourrais porter mon attention sur :
- un sourire
- un instant simple
- un cĂąlin de Blanche, mon chat
- un petit moment de douceur
Je le sais.
Mais je sens que mon cerveau est fatigué.
Moins disponible. Moins entraßné.
Et câest important de le dire :
đ Ce chemin nâest pas une performance.
Câest une pratique vivante.
đż Et puis⊠il y a ces moments
Et puis, il y a des jours comme hier.
Une escapade à vélo.
Un rayon de soleil.
Des chemins que je ne connaissais pas.
Des champs dâarbres fruitiers.
Des belles maisons.
Des papillons qui dansent dans lâair.
Et cette sensation simple :
đ ça sent le printemps
Et là ⊠sans effortâŠ
quelque chose revient.
La respiration sâouvre.
Le corps se détend.
Le regard change.
Ce nâest pas une lutte.
Câest un basculement doux.
đș Le loup que je nourris
Il existe une sagesse simple qui dit :
En chacun de nous vivent deux loups.
Un loup de peur, de colĂšre, de chaos.
Et un loup de paix, de joie, de présence.
Lequel gagne ?
đ Celui que tu nourris.
Et aujourdâhui, plus que jamais,
ce choix est quotidien.
đ âDivertirâ : dĂ©tourner
Dans ce monde, mĂȘme les mots ont quelque chose Ă nous dire.
Le mot divertir vient du latin divertere :
đ dĂ©tourner
đ dĂ©vier
đ changer de direction
Alors non, tout divertissement nâest pas mauvais.
Mais une partie de ce que nous consommons
nous Ă©loigne doucement de nous-mĂȘmes.
De notre corps.
De notre ressenti.
De notre présence.
Et câest souvent quand nous sommes fatiguĂ©sâŠ
que nous devenons les plus vulnérables.
đïž Une priĂšre moderne
Parfois, il nây a rien Ă comprendre.
Pas dâanalyse.
Pas de débat.
Juste un besoin simpleâŠ
Ătre ramenĂ© Ă lâessentiel.
Et dans ces moments-lĂ , une chanson me revient :
đ¶ Send me an angel⊠đ¶
Comme une priĂšre douce :
đ Rappelle-moi la lumiĂšre
đ Rappelle-moi la vie
đ Rappelle-moi le chemin
âš Le vrai choix vibratoire
Aujourdâhui, je ne veux pas nier lâombre.
Je la vois.
Je la reconnais.
Je lâobserve.
Mais je refuse de lui donner toute la place.
Parce que je sais une chose :
đ Ce que je nourris en moi⊠grandit
Alors aujourdâhui, je choisis de nourrir :
đż le vivant
đż la nature
đż les moments simples
đż la prĂ©sence
đż le lien vrai
đż la beautĂ©
đż le souffle
đż la douceur
đ Et si toi aussi tu te sens fatiguĂ©(e)âŠ
Alors peut-ĂȘtre que tu nâas pas besoin de plus dâinformations.
Peut-ĂȘtre que tu as juste besoin de revenir Ă toi.
Pas pour fuir le monde.
Mais pour rester debout en toi.
đż Conclusion
On nâa pas besoin dâĂȘtre en guerre permanente pour ĂȘtre conscient.
On nâa pas besoin de porter le poids du monde pour ĂȘtre lucide.
Et surtoutâŠ
đ On nâa pas besoin de nourrir le chaos pour comprendre quâil existe.
âš Apocalypse nâest pas la fin.
âš Câest un dĂ©voilement.
Et dans ce dĂ©voilementâŠ
il reste une chose qui nous appartient toujours :
đ notre choix vibratoire
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